Pensées tibétaines

[7ème village visité par Dialogue sur Terre: Diersonzi, Province chinoise du Quinghai]


Le 12 décembre – Mariette


Ce séjour chez des tibétains a été génial : la viande délicieuse, la pain croustillant, le traducteur intelligent et attachant, les villageois extrêmement accueillants. Les échanges ont été plus profonds qu’ailleurs, parce que nous avons posé beaucoup de questions sur la conception bouddhiste du monde et sur le sentiment de bonheur. Et surtout parce que les gens se sont ouverts à nous sans complexe. Voici en vrac quelques extraits des discussions que nous avons eues avec différentes personnes. Des pensées pleines de sagesse.


« Avant les Tibétains chassaient les animaux sauvages et utilisaient leur fourrure pour confectionner les robes tibétaines traditionnelles. Un jour le Dalaï Lama a dit qu’il fallait arrêter de chasser ces animaux sauvages car les espèces sont en danger. En 15 jours, les Tibétains ont décidé d’arrêter de les chasser. Ils ont même choisi de brûler toutes les fourrures qu’ils avaient en leur possession, et de les remplacer par des fourrures synthétiques sur leurs habits traditionnels. Pourquoi ? Pour ne pas éveiller de désirs ou de jalousies face à ces objets rares et précieux. Il est maintenant impossible de trouver une seule vraie fourrure chez des Tibétains. »



« Nous croyons au karma et à la réincarnation. Notre karma dépend des choses que nous faisons pendant notre vie. Après notre mort, nous serons réincarnés dans une autre vie, qui dépend de notre karma. Si quelqu’un a un très bon karma il aura accès à une vie meilleure. Si au contraire quelqu’un a fait beaucoup de mal dans sa vie, il sera peut-être réincarné en un animal. »



«- Ma tante croit beaucoup au karma. Si elle perd un objet de valeur, elle se dit que c’est à cause de son karma Que peut-être dans une vie antérieure, elle avait pris quelque chose d’équivalent à quelqu’un, qui l’a repris dans la vie présente. Donc c’est normal et elle ne s’inquiète pas. Elle l’accepte. »



« Si je rencontre une personne très riche, je me dis que c’est parce que cette personne a un très bon karma. Je ne suis pas jaloux. »


« Tout a une cause et un effet. Ce qui nous arrive dans cette vie dépend de ce que nous avons fait dans une vie passee ou presente, et ce que nous faisons maintenant aura des conséquences dans le futur. »



« Pour avoir un bon karma, il faut être compatissant, aider les autres, ne pas éprouver de haine ni de désir. Si vous êtes en conflit avec quelqu’un, dites-vous que cette personne a peut-être été votre mère dans une vie antérieure. Cela transforme aussitôt la haine en compassion. »



« Si quelqu’un que j’aime meurt, je ne suis pas triste car je sais qu’il va pouvoir accéder à une vie meilleure après sa réincarnation. »



[Légende tibétaine]

Il était une fois un royaume dans lequel les gens vivaient heureux. Le roi était si riche qu’il avait 500 femmes, des palais magnifiques, et tout ce qu’il pouvait désirer. Parmi tous ses serviteurs, un couple très pauvre était employé pour moudre les grains d’orge. Cette famille travaillait très dur chaque jour au service du roi, contre un salaire bien maigre. Et pourtant le roi les entendait chanter tous les jours, pendant qu’ils travaillaient à moudre les grains. Il demanda à l’un de ses ministres : « Comment se fait-il que ces gens chantent tous les jours ? Comment peuvent-ils être plus heureux que moi alors qu’ils sont si pauvres et que je les traite si mal ? ». Le ministre eut une idée. Il déposa devant la porte de la famille de serviteurs une grosse pièce d’or. Dès le lendemain, le roi ne les entendit plus jamais chanter. Pourquoi ? Parce qu’ils sont devenus riches, avec beaucoup de soucis, de choses à gérer, de désirs à assouvir. »



« Pour accéder au bonheur éternel, il faut se libérer des souffrances liées au désir, à la haine, à l’ignorance. »


« – Est-ce que vous êtes heureux ? [question posée à un ancien , devenu paysan car il a dû vendre toutes ses bêtes pour soigner sa famille]

– Bien sûr, je n’ai pas faim, j’ai ma famille, pourquoi ne serais-je pas heureux ?

– En France, beaucoup de gens ont tout ce dont ils ont besoin, et même bien plus. Pourtant ils ne sont pas tous heureux.

– C’est parce qu’ils doivent être trop gourmands. Et qu’ils doivent trop réfléchir. »



« – Pourquoi avoir choisi de devenir moine ?

– J’ai choisi de sacrifier les bonheurs temporels éphémères pour accéder, dans une vie prochaine, au bonheur éternel, absolu.

– Vous parlez de sacrifice… mais dans cette vie de moine, est-ce que vous vous sentez tout de même heureux ?

– C’est la plus merveilleuse expérience de vie ! Certaines personnes dans le monde sont très riches, il y en a même qui ont des aéroports privés. Mais ils ne sont pas heureux car ils ne trouvent pas la paix intérieure. Un moine peut être heureux avec très peu. Même en vivant dans une grotte sans rien à manger, on peut trouver le bonheur de l’esprit. »



« Ici, ce qui rend les vieux heureux, c’est de vivre avec leurs petits-enfants. »



« – Qu’est-ce qui a changé depuis votre jeunesse ? [question à un grand-père de 89 ans]

– Avant les gens se déplaçaient à cheval. Maintenant ils ont des motos, des voitures. Ils disent que c’est plus confortable, mais moi je ne trouve pas. Il y a de plus en plus d’accidents, et ça n’arrivait presque jamais avec les chevaux. Maintenant les gens préfèrent passer du temps avec leur téléphone portable, ou au volant de leur voiture. Ils sont en compétition. « Je veux une nouvelle moto, plus belle, plus puissante,… ». Ils ne passent plus assez de temps à aider les autres, à pratiquer la religion.

– Qu’est-ce que vous trouvez confortable ?

– Je sais qu’il y a plein de choses modernes, des avions, des voitures… Mais ça ne m’intéresse pas. Ce qui compte pour moi c’est de vivre avec ma famille pour être heureux, et de respecter les autres, éprouver de la compassion.

– Nous faisons ce voyage parce que nous avons pris conscience que la modernité n’apporte pas nécessairement le bonheur, et que notre mode de vie est destructeur pour la planète. Aussi nous changeons petit à petit notre mode de vie, en supprimant ce dont nous n’avons pas vraiment besoin (télé, voiture, …).

– Il ne suffit pas de changer les meubles, il faut changer le cœur des gens, et ça c’est très difficile. »


« L’homme a plus besoin d’éducation spirituelle que de science. »

 

2 réponses à “Pensées tibétaines”

  1. Narber dit :

    Votre grand-père de 89 ans me plait bien, je le ferais bien venir pour parler à tant de gens sur cette planète, et meme, tiens, aux responsables de la Banque Mondiale et du FMI, ainsi qu’à nos économistes distingués, qui n’envisagent une sortie de crise que par la relance de la consommation, pour plus de bonheur…surtout aux milliardaires dont le train de vie aurait pu patir de la récession.
    Je mettrais juste un bémol sur le karma à propos de la personne très riche, qui doit avoir un très bon karma… Je lui présenterai Berlusconnerie, et il me dira si vraiment ce « voyou dictatorial et sans éducation minimum » a vraiment un très bon karma.
    Quant à la maxime « il ne suffit pas de changer les meubles, il faut changer le coeur des gens, et ça c’est très difficile », alors là je suis à 104% d’accord, je me permettrai meme de la reprendre pour un prochain édito, ça tombe parfaitement dans le sens de ce que j’essaye d’exprimer ! Si vous avez le nom de ce grand-père, je lui attribuerais bien ce qui revient à Cesar (mais je doute qu’il se prénomasse Jules, ce tibétain).
    Je m’interroge, après ces différentes expériences, arriverez-vous à synthétiser une façon de vivre adéquate avec les différents styles de vie que vous avez cotoyé, ne risquez-vous de caméléoniser de trop, ou bien de difficilement vous réadapter ? Moi, je sais que quand je reviens du Burkina, le premier consommateur qui vient raler, revendiquer, se plaindre, et trouver sa vie triste et petite, je lui balance un coup de tatanne psychologique, il me vient quasiment des envies de mordre ! Bon, comme je suis civilisé, je ne mords que ma compagne, c’est une sublimation tout à fait acceptable, en fin de compte.
    Vi raccomando, scrivete sempre ciò che pensate, mi piace abbastanza finora !
    Un’abbraccio

    Narber

  2. Claire dit :

    Franchement, l’histoire de la fourure me plait bien (même si c’est un peu crétin de bruler ses habits). Il faudrait la faire lire aux gens qui réfléchissent sur l’identité nationnale (et oui, en France aujourd’hui, c’est le nouveau débat… j’espère qu’ils ne vont pas nous changer tous nos frontons de Mairie…).
    Par rapport l’égalité, ça m’inspire la réflexion suivante: elle émane avant tout d’une volonté collective d’abandonner la compétition de l’avoir pour la compétition de l’être et du savoir partagé. Mais cette attitude serait tellement difficile au quotidien dans le monde (« développé… ») d’aujourd’hui, s’il n’y avait pas la spiritualité (votre dernière phrase).
    Merci toujours pour vos récits qui m’émerveillent à chaque fois que je viens sur votre site!!
    Grosses bises
    Claire

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