Une journée haute en couleurs

[7ème village : Diersonzi, Province chinoise du Quinghai]


Le 1er décembre 2009 – Guillaume


Les jambes un peu lourdes mais la tête pleine de couleurs, Audrey, Mariette, Namshin et moi savourons un boudin et des côtelettes de yack, gentiment préparés par un vieil homme dont la petite maison borde le chemin que nous avons emprunté aujourd’hui. Notre ballade se termine donc plutôt bien, et nous allons pouvoir raconter nos aventures du jour à nos hôtes et à Ludo, resté au chaud avec son petit rhume.

Nous avions un petit doute en partant le matin à 8h, puisque les nomades, avec qui nous avions échangé le jour précédent, nous avaient dit que le cérémonial bouddhiste qu’ils s’apprêtaient à faire comme il est coutume 3 à 4 fois par an, se situait à un endroit à la fois loin, haut et froid. Mais notre envie de partager un moment fort de leur culture nous avait décidé. «On part à pied, et vous nous rejoignez là-haut en moto vers 11h, tope là ! ».

Notre chemin parmi les moutons et les dunes, dans cette région peuplé exclusivement de Tibétains, avait été parsemé d’embûches que nous avions abordées avec sérénité. Nous avions bravé les chiens méchants gardant les maisons des fermiers, traversé les ruisseaux gelés, et surtout réussi à esquiver les 4 ou 5 invitations à manger et à boire le long du chemin. A 11h, après d’intéressants échanges avec Namshin sur l’état d’esprit des Tibétains et leur rapport à la religion, nous étions au pied de la petite montagne qu’il nous fallait gravir pour atteindre ce que je nommerai le mât bouddhiste, but mystique de notre randonnée.

Nos amis nomades nous y rejoignaient à cet instant précis, en moto, comme prévu. Nous allions pouvoir terminer la ballade avec eux. Mais avant tout, une petite collation locale : une mamie et un papi habitent là, et viennent de cuire du pain, qu’ils nous offrent avec du thé au beurre. Impeccable. « Djo », il faut y aller. Nous sommes une dizaine à l’assaut de la montagne. Les nomades emportent des tissus aux couleurs bouddhistes ainsi que des bouteilles d’alcool et des sacs d’orge. L’ascension est assez rapide, même si nous arrivons essoufflés en haut, à presque 3800m d’altitude. 5 nomades venant d’autres vallées sont déjà présents et nous accueillent : « Demo demo ! ».

Nous nous posons au pied du mât couvert de drapeaux, profitant de la vue dégagée des différentes vallées qui mènent à ce lieu sacré, et savourant le doux soleil sur nos visages. Sans tarder, d’autres nomades nous rejoignent, à pied ou à moto, et nous sommes bientôt une petite vingtaine de courageux au sommet. Nous allons pouvoir commencer. Les drapeaux aux 5 couleurs bouddhistes (bleu ciel, blanc nuage, rouge feu, vert eau et jaune terre), contenant des prières en Tibétains, sont déballés rapidement. Tout le monde en a apporté afin de pouvoir renouveler la parure du mât, afin de célébrer les Dieux et d’inonder les vallées des prières bouddhistes. En parallèle, on allume un feu de bouses de yacks sur un autel en briques tout près de là.

On s’affaire autour du mât pour accrocher le maximum de drapeaux. 3 ou 4 nomades sont montés pour en faire pendre depuis la cime. En échangeant assez virulemment, les Tibétains recouvrent rapidement le mât de dizaines de ribambelles de drapeaux. Puis ils se rassemblent autour de l’autel enflammé, pour y jeter des grains d’orge, des gâteaux et de l’alcool. Nous assistons à cette cérémonie, fascinés et émus. Nous sommes invités à enlever nos bonnets et à tourner autour de l’autel, puis autour du mât nouvellement habillé. Nous suivons les nomades dans cette étrange danse, éclaboussés de leurs cris et d’alcool d’orge. Et là, comme un bouquet final, les nomades jettent des petits papiers de couleurs par dizaines, en s’exclamant « Ha Dia Lo ! » (gloire aux Dieux). Des centaines de confettis s’éparpillent au gré du vent dans l’air béni de ce lieu qui est maintenant magique pour nous.

Je ressens une vive joie enivrante, et, les larmes aux yeux, je me sens vivant et heureux de l’être. N’étant pas bouddhiste je ne comprends pas toute la profondeur de ce rite, mais je l’apprécie quand même, confiant au vu de ce que je connais de cette philosophie de vie, fondée sur la recherche du bonheur. Et puis la cérémonie s’achève lentement, entre échanges amicaux entre nomades, contents de se retrouver et d’avoir partagé ce moment. Nous redescendons, en disant adieu à nos amis du haut de la montagne, puis à nos camarades nomades de la veille, étonnés de nous avoir vus là-haut, vigoureux et joyeux…

Le boudin était bon, comme toujours. Nous laissons un os de côtelette sur la table, et prenons congé de notre hôte d’un moment, un de ces nombreux moments que nous aurons partagés à table avec des Tibétains à la générosité débordante, lors de cette semaine si savoureuse, humainement, spirituellement et gastronomiquement. Une petite heure plus tard, nous sommes au village de Diersonzi, chez les parents de Namshim. Et bien sûr on leur raconte tout ça autour d’un bon repas: « tcha toun », « kouri sou » – buvez du thé, mangez du pain!… Ah qu’est ce qu’on est bien ici.

Guillaume.

Une réponse à “Une journée haute en couleurs”

  1. Narber dit :

    Je note que vous aurez réussi à vivre la période d’approche de Noel loin de notre société de consommation (terme banni du langage occidental depuis plus de 25 ans, mais qui néanmoins retraduit parfaitement le monde dans lequel nous sommes), de ses « incitations  » à consommer soit disant pour rendre heureux et de ses luminaires à vous rendre la nuit plus lumineuse que le jour (je vous recommande les guirlandasses italiennes, un must du chic et du kitsch !) pendant 5 semaines…
    Un coté religieux d’une fete religieuse, qui n’existe plus ici, et qui est toujours vivant là-bas, profitez-en bien, et ne fumez pas trop, à Kathmandou.
    Buon Natale e Tanti Auguri per 2010 !

    Narber

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