Solidarité en voie de disparition

Lyon, le 8 juillet 2010 – Mariette.

Nos dernières aventures sur le continent africain nous ont amenés à réfléchir sur les changements qui s’opèrent dans les sociétés africaines, et sur le rôle des relations Nord/Sud dans ces évolutions. Je m’excuse d’avance pour cet article un peu long, mais que je vous encourage à lire jusqu’au bout !

A Dakar, Bamako, Ouagadougou ou Cotonou, le Blanc qui s’aventure dans le centre ville s’expose à la foule des vendeurs de pacotilles qui le remarquent très vite et l’interpellent : « Eh, Toubab (= Blanc) ! Tu me reconnais ? Viens voir mon stand ! » Bien sûr, si l’on y répond poliment, que l’on prend le temps de discuter un peu avec la personne, de plaisanter, tout se passe bien. Mais les interpellations de ce type pleuvent en permanence, et 100% des personnes qui nous abordent le font pour nous vendre quelque chose. Il semble impossible de trouver quelqu’un dans la rue qui accepte de discuter avec nous simplement, de manière désintéressée. « Eh, pourquoi tu ne dis pas bonjour ? Allez, quoi, achète-moi une statuette seulement… Il faut encourager ! Toi tu as l’argent et tu ne donnes pas ! »… Le dialogue semble bloqué à l’avance par des préjugés, et même l’attente d’une charité de notre part qui leur semblerait normale.

Ici, la solidarité est culturelle. Elle était l’un des piliers des sociétés traditionnelles africaines, qui permettait la survie des communautés paysannes dans un contexte géographique et climatique parfois difficile. En Casamance, on nous a raconté qu’avant, une famille qui n’avait plus de riz en réserve pouvait déposer un panier la nuit devant la porte d’une autre famille. Si celle-ci le pouvait, elle remplissait le panier qui était récupéré dans l’anonymat la nuit suivante. Des exemples de pratiques similaires existent partout en Afrique de l’Ouest. Les gens savaient qu’ils pouvaient toujours compter sur leur famille ou leurs voisins en cas de coup dur, à condition bien sûr que ceux-ci aient les moyens de les aider. Et cela participait à un climat social sain et équilibré.

Mais à l’heure actuelle, cette solidarité semble de plus en plus biaisée, même au sein des familles, par les disparités de situations sociales qui se sont créées. La solidarité est devenue systématique, sans doute parce que de plus en plus de personnes sont dans le besoin. Le peuple entier semble tiré vers la misère, et peu de gens réussissent à sortir du lot. Du coup, la charité n’est plus reçue comme un cadeau venant du cœur mais comme un dû. Et il y a une vraie pression sociale autour de ça. Il est très mal vu d’avoir de l’argent sans le partager. Dans certains milieux, cela crée une ambiance malsaine. Il y a ceux qui en soupçonnent d’autres d’avoir plus de richesses que ce qu’ils n’affichent, ceux qui ne se prennent pas en main et qui attendent qu’on les aide, ceux qui se cachent d’avoir gagné de l’argent, ceux qui sont jaloux et envieux et trouvent un prétexte pour demander la charité à un proche… Le climat relationnel est parfois lourd.

Donc les mentalités changent. La « solidarité familiale » devient un boulet pour des jeunes qui aimeraient évoluer. A Porto Novo (Bénin), Ginette nous raconte qu’elle a vécu dans la concession familiale de son mari au début de leur union. Mais sa belle-famille était envieuse de leurs situations respectives de secrétaire et de gendarme, qui leur assurent deux bons salaires. « La belle-famille nous demandait souvent de l’argent et il fallait toujours donner mais alors ce n’était plus possible pour nous d’économiser. Finalement nous avons préféré prendre un appartement tous les deux, et nous sommes plus tranquilles. Même si nous continuons à leur faire des cadeaux de temps en temps. » Autre exemple, Andrea est gérante d’un hôtel dans la même ville. Ayant une bonne situation, elle est régulièrement sollicitée par ses proches. « La semaine dernière encore, un neveu m’a appelée pour me demander de l’argent. Il dit que c’est pour créer un restaurant de rue. Mais je le connais, ce n’est pas la première fois. C’est un prétexte, il n’a pas de vrai projet qui lui tienne à cœur. » Et dans ce cas, si elle refuse l’argent à son neveu, sa famille va le lui reprocher.

Heureusement pour nous, nous avions réussi jusque là à trouver des villages encore assez traditionnels pour ne pas être trop confrontés à ce genre de comportements. A Nounou (Mali) ou à Manogo (Burkina Faso) par exemple, même si des jeunes partent effectivement à la ville pour ramener de l’argent à leurs familles qui en ont besoin, nous avons ressenti un climat social assez sain. Les habitants restés au village se prenaient en charge de leur côté pour mettre en place des actions de développement du village, dans l’optique d’assurer un avenir pour leurs jeunes à la campagne. Et nous avions aussi rencontré des jeunes qui avaient eu des expériences en ville mais avaient réellement choisi un retour au village et à la famille.

Mais notre dernière expérience béninoise a été d’un autre ordre. Nous avons passé une petite semaine dans un village de pêcheurs au bord de l’océan. Je m’y suis sentie mal à l’aise. Chaque fois que je me suis retrouvée seule avec un enfant, il me demandait avec un grand sourire et un regard plein d’espoir : « Yovo (= blanc), un cadeau ? ». Ce sont à peu près les seuls mots de français que parlaient la plupart des gens du village. Le premier jour chez notre hôte Hippolyte, nous avons reçu la visite de 3 ou 4 villageois qui avaient arrêté leur pêche pour venir saluer les blancs qui étaient arrivés au village. Nous ne comprenions pas les conversations mais nous avons senti un malaise entre eux et Hippolyte. Tom, notre traducteur et ami, nous expliquera plus tard qu’ils étaient venus pour se faire payer à boire, et parce qu’ils pensaient pouvoir extirper quelques Francs CFA à ces étrangers. Et c’était presque systématique : nos rencontres avec les villageois étaient faussées par une attente de charité. Tom lui-même, bien qu’originaire du village, était l’objet de sollicitations, car « tout étranger au village a forcément une bonne situation et de l’argent à donner ».

Le dernier jour, nous avons effectivement donné de l’argent à nos familles d’accueil pour nous avoir nourris et logés, et parce que nous avions apprécié les échanges avec eux. A ce moment-là, il y avait dans la concession une cousine venue en visite depuis la Côte d’Ivoire avec ses 2 enfants, et un vieil homme du village, un voisin. A la vue de l’argent, la cousine (dont la situation était pourtant loin d’être misérable, a priori) a écarquillé les yeux et est venue vers nous en tendant la main : « Et moi ? Et pour moi ? » Le vieil homme a fait de même… Je n’en croyais pas mes yeux. Jusqu’à présent dans les villages africains, les Vieux que nous avons rencontrés étaient les sages, les chefs de concession, les décideurs ; leur attitude imposait le respect. Là, j’étais choquée.

Quelqu’un du village nous avait expliqué que dans la mentalité des gens d’ici, « après Dieu il y a les Blancs » ; que les Blancs sont des êtres supérieurs aux Noirs, et qu’ils ont l’argent, le savoir, les compétences. Autant dire que sans eux, rien n’est possible… Il n’y a pas besoin de se creuser trop la tête pour comprendre d’où vient un tel complexe d’infériorité entaché de racisme. Quatre siècles de traite des Noirs. Un siècle de colonisation. Un demi-siècle de « développement ». Depuis ses premiers contacts avec l’Europe, l’Afrique a toujours été dominée par les Blancs, et exploitée pour ses ressources : de la main d’œuvre gratuite, de l’ivoire, du coton, du sucre, du café, des fruits, des pierres précieuses, du pétrole, du gaz…

Isis, une Française d’origine africaine qui a décidé de venir s’installer sur ce continent, nous explique que le développement de l’Afrique n’a été qu’un prétexte pour les Occidentaux pour continuer à consommer les ressources du continent, sous couvert de solidarité internationale. « Avoir dépensé tant de milliards de dollars depuis 50 ans pour développer l’Afrique, et en être encore là, c’est grave ! S’il y avait vraiment eu développement, depuis 50 ans, l’Afrique aurait pris en main ses propres rennes. Ce qu’ils ont « oublié » dans leur plan de développement, c’est l’humain ! » Les Occidentaux ont fait croire qu’ils pouvaient aider les Africains à vivre mieux, à se développer, et surtout que l’Afrique avait besoin d’eux pour ça.

Pourtant dans les années 1980, la politique de Thomas Sankara au Burkina Faso avait démontré que le pays pouvait s’en sortir seul, et beaucoup mieux qu’avec un « soutien » occidental. Il a choisi de couper les ponts avec la France, refusant une aide au développement pour rester libre des choix politiques et économiques pour son pays (car l’aide dans les sphères politiques n’est jamais désintéressée ni gratuite). Il a mené une politique de lutte contre la corruption, il a développé l’éducation et la santé en construisant beaucoup d’écoles et d’hôpitaux, il a permis aux paysans de retrouver une autonomie alimentaire, il a réhabilité le rôle des femmes dans la société… En 4 ans de sevrage d’avec la France, il a remis le pays dans la voie d’un réel développement humain. Au bout de 4 ans, devinez quoi, il a été assassiné. Et malheureusement les exemples de ce type ne manquent pas en Afrique, des gouvernements corrompus soutenus voire mis en place par la France ou autres pays « développés », au détriment de candidats politiques qui se sentent réellement concernés par l’évolution de leur pays.

Force est de constater à l’heure actuelle que le bilan du « développement » de l’Afrique est pitoyable. Les taux de scolarisation et l’espérance de vie sont restés ridiculement faibles, la mortalité infantile élevée. Les gouvernements sont corrompus, à tel point que personne ne l’ignore, et que la corruption gagne même tous les niveaux de la société. Elle se banalise. Les inégalités se sont considérablement accrues, et il y a maintenant un fossé culturel entre les Africains les plus riches et ceux qui vivent encore dans des villages en autarcie partielle. L’Afrique exporte des tonnes de marchandises alimentaires en Europe, dont une bonne partie ne sera même pas consommée (nous gaspillons 30% de la nourriture que nous achetons !), alors que les taux de malnutrition des enfants africains sont toujours élevés. L’Afrique est l’un des gros producteurs de café de la planète, et pourtant les Africains ne boivent que du Nescafé soluble importé d’Europe… L’Afrique n’a pas d’industrie automobile, mais elle en récupère tous les déchets car nous lui envoyons gentiment nos vieilles voitures polluantes en « recyclage ». J’ai plusieurs fois entendu dire : « Là-bas, ils sont débrouillards, ils vont continuer à les réparer et à les utiliser, ils n’ont pas besoin de voitures neuves, tu parles »… Et on se débarrasse de nos poubelles la conscience tranquille.

Alors bien sûr, on ne peut pas nier qu’il y a des flux d’argent de la France vers l’Afrique pour panser les plaies et aider les populations. Mais sont-ils réellement efficaces ? L’aide internationale ? «  Tant qu’elle doit passer par les gouvernements africains, et qu’elle ne finance pas directement des projets sur le terrain, le peuple n’en verra pas la couleur », nous dit Eunice, une Franco-Béninoise qui a eu à travailler avec certaines ONG internationales. Car tout le monde sait (y compris la communauté internationale) que la corruption règne au sein des gouvernements locaux. L’aide des grosses ONG ? « Quand on voit les bâtiments qu’ils se paient dans les capitales, les parcs automobiles de ceux qui y travaillent et leurs salaires exorbitants au regard du niveau de vie, on se demande quel pourcentage des dons, que les Français leur font, est réellement utilisé pour les actions sur le terrain ! », toujours Eunice. Tom, Béninois créateur du Centre Culturel Africain de Cotonou, nous parle de certains projets d’aménagement menés par des étrangers, qui sont des aberrations par rapport au contexte et à la culture locale. Il cite par exemple le cas d’une maternité qui a été construite dans un village… à côté du cimetière. « Quand on sait ce que représente la mort pour les gens d’ici, qui croient aux esprits des défunts, c’est complètement ridicule ! Jamais une femme béninoise n’osera donner la vie à côté des morts ! »

Le pire là dedans, au-delà des gaspillages d’argent et d’énergie, c’est qu’on « donne du poisson aux gens sans leur apprendre à pêcher », nous dit Tom, ce qui maintient les Africains dans ce complexe d’infériorité : ce sont les Blancs qui construisent les écoles et les maternités, nous n’en sommes pas capables. Donc le peuple attend, désespéré de sa situation misérable, en tendant la main vers l’Europe, sans se rendre compte que cette attitude elle-même contribue à maintenir le continent dans un état de dépendance destructeur pour les populations. Et c’est contre cet état d’esprit que se bat Tom, à travers ses expositions sur les inventeurs africains : il veut montrer à son peuple qu’il a de la valeur, qu’il est capable lui aussi d’être créatif, de réfléchir, de réussir. « Ce n’est pas contre les Blancs que je fais ça, c’est pour les Noirs, pour leur redonner l’envie d’agir et de construire l’Afrique qu’ils souhaitent. »

J’ai honte… J’ai honte de ce qu’ont fait mes ancêtres pendant des siècles. J’ai honte de nos hommes politiques qui n’ont aucun scrupule à détruire une partie de l’humanité. J’ai honte du peuple français, dont je fais bien sûr partie, qui continue aveuglément à consommer des produits importés, maintenant ainsi la nécessité d’un commerce international injuste et complètement irrationnel. J’ai honte de ce peuple qui perd une grosse partie de son temps à « se goinfrer » comme le dit Isis, et qui fuit ses responsabilités vis-à-vis des populations en développement, feignant d’ignorer l’énorme impact que nous avons sur elles : épuisement de leurs ressources, dépendance vis-à-vis de nous, dévalorisation de leurs valeurs traditionnelles, perte de leur identité culturelle, dégradations de leur environnement, dérèglement climatique… Combien de fois depuis que nous sommes rentrés, ai-je entendu : « Ah, on est mal barrés, avec tout ce qui se passe en ce moment… Moi ? Que je change mes comportements ? Mais qu’est-ce que ça va changer, si je suis le seul à le faire ? »… J’ai honte de ces discours qui nous disent qu’il faut réduire nos consommations d’énergie parce qu’on va bientôt manquer de pétrole, c’est-à-dire parce qu’on n’a pas le choix… Est-ce vraiment l’argument le plus convaincant pour un consommateur français ? Est-on devenus à ce point inhumains pour ne pas considérer d’abord les conséquences humaines dramatiques d’un tel gaspillage de ressources énergétiques ou alimentaires ? N’est-on pas prêts à CHOISIR un monde plus juste ? Ce choix on peut le faire tous les jours ! Que le « système » nous impose certaines contraintes, nous influence, nous manipule, n’est certes pas faux. Mais NOUS sommes les consommateurs, la base qui fait fonctionner tout ce « système » ; nous seuls décidons de ce que nous achetons. Donc prenons nos responsabilités. Restons conscients et dignes, faisons les choix qui nous paraissent cohérents avec nos idéaux !

Nous avons une dette envers l’Afrique, une dette humaine et écologique, et pourtant on n’entend parler que de la dette financière qu’elle a contractée envers l’Occident. Que devons-nous faire pour régler cette dette ? Est-il seulement possible de s’en acquitter ? Le problème est complexe. Faut-il cesser nos échanges avec le continent africain ? Faut-il développer plus de projets humanitaires ? Quelles seraient les conséquences de ces choix ?… Je n’ai pas toutes les clés pour répondre et ne peux que donner mon avis personnel. A l’échelle individuelle, il me semble sage avant tout d’adopter la sobriété dans nos comportements puisque nous avons des ressources à partager avec le reste de l’humanité. Pendant cette année de voyage on nous a offert l’hospitalité avant même de nous connaître ; on nous a offert à manger sans rien demander en retour ; le partage était naturel, sincère. Pourquoi devrions-nous oublier cette règle simple d’humanité lorsqu’il s’agit d’un partage à l’échelle planétaire ? En ce qui concerne les projets d’aide aux populations, comme on l’a évoqué plus haut, tous ne sont pas efficaces, beaucoup sont même destructeurs. Car il n’est pas facile d’aider quelqu’un ; cela demande de comprendre les vrais besoins de la personne, donc d’être à son écoute, et de lui donner les moyens de résoudre ses problèmes (ce n’est pas l’aider que de les résoudre à sa place, il vaut mieux lui « apprendre à pêcher » que de lui « donner du poisson »). Les projets d’aide qui fonctionnent sont donc ceux qui se construisent sur des relations humaines saines, et qui sont pris en main par des locaux. Nous en avons vu deux bons exemples, à Kabadio au Sénégal et à Gomponsom au Burkina Faso, où des Français ont noué de vraies relations d’amitié avec les villageois. C’est ce genre d’actions qui, de mon point de vue, permet de tirer les hommes vers le haut (et pas seulement les Africains). Plus que jamais, je crois au dialogue, qui permet aux humains de s’enrichir mutuellement.

8 réponses à “Solidarité en voie de disparition”

  1. Narber dit :

    Ben ma foi, je ne sais que dire et ajouter, si ce n’est, merci pour le commentaire sur ce que nous essayons de faire à Gomponsom. Je suis touché et je transmettrai à Yves, l’initiateur, en lui parlant à travers les ancètres qui sont dans la terre.
    Attention à ne pas etre trop « vindicative » envers les autres, ceux d’ici, je l’ai vécu, moi aussi certaines choses me paraissaient insupportables, au retour, mais il faut employer d’autres arguments pour convaincre…
    A prestissimo, un bacio.

    Narber

  2. van voorthuysen dit :

    Ce dernier article me donne mauvaise conscience encore une fois, me voila responsable du comportement de nos ainés.
    apres avoir suivis vos peregrinations avec passion, je vous trouve bien sombres!!!!!!!!!!!!alors que les articles precedents etaient toujours pleins d’optimisme et de bonne humeur;
    Peux etre le contre coup du retour chez les fous que nous sommes.
    a bientot peut etre
    Patrick VV

  3. admin dit :

    Désolée pour le ton très sombre… J’ai été effectivement écoeurée et j’avais envie de le partager sur le blog. Ce sentiment a été accentué par le contraste que nous avons vécu récemment avec notre retour en Europe. Je trouve qu’on oublie trop facilement que nos comportements ont un impact sur toute la planète, et pas seulement écologique. C’est bien sûr désagréable de se le rappeler. Et il est bien inutile de se flageller pour une situation causée en grande partie, certes, par nos ancêtres. Mais en tant que personnes responsables, nous pouvons choisir d’assumer ces constats et de faire de notre mieux pour limiter notre impact sur l’humanité.

    Nous n’avons jamais eu autant de libertés « matérielles » que dans notre société, où l’on peut trouver des denrées de toute la planète dans nos supermarchés, où l’on peut voyager chaque année à l’autre bout du monde, où l’on a un accès à l’information incroyablement rapide… Et paradoxalement nous n’avons jamais été aussi dépendants du monde entier. Ces libertés ont un prix puisqu’elles ne sont possibles que grâce aux ressources d’autres sociétés.

    J’espère que cet article peut déclencher quelques prises de conscience, quelques volontés de changement, même si je sais bien que ce n’est pas la méthode la plus efficace. On n’aime pas les reproches…

  4. Isa dit :

    Hello Mariette,

    Je comprends ton dégoût: c’est difficile de revenir en Europe et de se rendre compte de ces inégalités qui paraissent normales, inébranlables, légitimes. Je me rappelle mon retour de l’Argentine à la Suisse…
    Là tu as fait un texte épidermique, je t’invite à aller au-delà. Tu as probablement lu Les racines du ciel ? Rousseau? Qu’en as-tu pensé? Quelles actions proposes-tu? Un désengagement de l’Afrique? c’est une proposition de plus en plus fréquente.

    Pour ma part je ne suis pas gênée par les reproches, mais je pense que l’action menée par la culpabilité est moins constructive que celle qui est menée par l’amour. Et pour aimer il est important aussi de s’aimer soi. L’altruisme guidé par le dégoût de soi me semble aux antipodes de l’amour.
    Parmi nos ancêtres, combien étaient conscients de faire du mal? Parmi les personnes en mission humanitaire, combien agissent par altruisme sincère et combien participent à perpétuer la france-afrique? Peut-être les mêmes d’ailleurs?

    La curiosité, l’ouverture à l’autre que vous avez déployée dans le voyage vous permettra peut-être de vous réconcilier avec la société dont vous venez et dont vous faites partie. C’est en appartenant à la société qu’on la fait évoluer.

  5. Isa dit :

    pour faire suite à mon message précédent: je suppose que vous allez aller plus loin dans votre livre et vos conférences.
    en tous cas je serais intéressée par votre vision de l’engagement: je suis moi-même dans une réfléxion à ce sujet.

    bises à tous les 4.

  6. Laurence dit :

    100% d’accord avec les conclusions tirées de vos expériences.

    J’ai été interpellée par le passage « j’ai honte de ces discours qui nous disent qu’il faut réduire nos consommations d’énergie parce qu’on va bientôt manquer de pétrole, c’est à dire parce qu’on n’a pas le choix… Est-ce vraiment l’argument le plus convaincant pour un consommateur français ? Est-on devenus à ce point inhumains pour ne pas considérer d’abord les conséquences humaines dramatiques d’un tel gaspillage de ressources ? »

    Parce que voilà, quand je tiens ce type de discours, culpabilisateur il est vrai, je me fais taxer d' »intégriste », de « khmer verte »…

    Alors comment faire passer ce qui me semble des évidences sans tomber dans l’accusation ?
    Comme le disent Narber et Isa, il faut employer d’autres arguments, s’appuyer sur d’autres ressorts… Mais du coup, ça revient à déguiser son intention profonde ? Donc à manipuler ?

    ???
    Laurence

  7. jean-daniel lavergne dit :

    Je me trouve parfaitement en phase dans tout les contenus de votre bilan : constat, analyse historique, propositions à partir de principes/modes d’agir ici/labas. En même temps les paramètres d’ observations des villages visités – santé, énergie, relations env.techniques, religion,..et qui forment des ensembles coherents que vous contribuez à comprendre et à établir, sont des données nécessaires qui vont permettrent aux humains de comprendre, de se comprendre. Les outils, a usages locaux, manquent cruellement ici et la-bas..
    Le constat ne peut etre qu’ amer, voir pessimiste et permet de rester dans la réalitée …ça n’empèche pas de faire la fête!!!et d’agir…a bientot

  8. Van voorthuysen dit :

    Bonsoir,
    je viens d’appren,dre que Guillaume quitte DALKIA, et je n’ai pas eu le temps de le saluer, ainsi que de lui souhaiter bonne chance pour un autre parcours.
    J’espere que vous lirer ces quelques lignes pour lui en faire part.
    amicalement
    PVV

Laisser un commentaire