Voyage dans la nature

Guillaume, juin 2010

Notre voyage a indubitablement été riche en expériences qui nous ont fait prendre un nouveau recul sur notre vie. Et jusqu’au dernier moment, nous aurons rencontré des personnes qui nous auront fait grandir un peu plus. A Ouidah au Bénin, avant de nous diriger vers le port de Cotonou où le bateau nous attendait pour rentrer en Europe, nous avons passé un week-end mémorable chez les Jah, au coeur de la nature…

 

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La Mère et le Père Jah sont deux Français d’une soixantaine d’années, d’origine africaine, nés à Paris. Ils vivent dans la mouvance rastafari, née dans les années 70, fondée sur une des interprétations de la Bible qui place la Genèse en Ethiopie. Ses adeptes reconnaissent Haile Selassié, qui fut roi d’Ethiopie au milieu du XXème siècle, comme leur prophète. Leur philosophie prône un retour à la nature – le « Zion » que chante Bob Marley – à l’Eden, jardin de la création. A la fin des années 60, les Jah, qui vivaient alors en Guadeloupe, ont décidé d’organiser leur grand retour en Afrique. Avant cela, ils se sont préparés en s’isolant dans une montagne guadeloupéenne, où ils ont passé 7 ans en autarcie, en totale harmonie avec la nature. C’est finalement en 2000 que la famille, qui compte entre temps 4 enfants, est arrivée au Bénin. Les Jah ont pu acquérir un terrain à quelques kilomètres de Cotonou, situé en bordure d’un lac. Ils y vivent de la culture de la terre, de l’artisanat et de la restauration végétalienne. Ils gèrent une école d’une centaine d’élèves pour les enfants déscolarisés. Là-bas, nous nous laissons absorber par leur véritable art de vie, par leur profond respect de l’Etre Humain et de la Nature.

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Je suis passionné par les récits de la Mère Jah. Elle nous explique comment elle et son mari ont réussi ce pari fou : vivre isolés de la civilisation, pendant 7 ans, pour expérimenter la vie dans la nature.  » Nous nous réveillions le matin, avec une seule idée en tête : le feu. Il fallait que l’on tienne le foyer éveillé nuit et jour, car nous n’avions pas de quoi refaire du feu. Et là-haut, pas de cailloux spécifiques que l’on aurait pu frotter ». Rendez-vous compte ! 7 années à garder un feu allumé ! Le feu était seulement un exemple parmi les dizaines de petites choses qui devaient être différentes. Au fil du récit, j’en imagine d’autres : se trouver à manger, se protéger des intempéries, se vêtir, se soigner, … Et même accoucher – 3 fois – sans s’aider de moyens modernes. Cela me parait irréaliste. Mais quelque chose attire mon attention : les paroles de la Mère Jah sont apaisées, ses yeux brillent, son récit est calme et langoureux. Il respire un bonheur vécu et non un calvaire. Petit à petit, je peux m’imaginer les scènes de leur vie. Je m’aperçois que les contraintes apparentes de ce quotidien peuvent être vécues comme des conditions différentes, et que l’homme peut choisir de s’en accommoder. Je vois les arbres qui donnent les fruits ; la terre qui fait pousser les graines ; la famille toute entière qui grandit en haut de la montagne, dans un cadre sain. J’estime la qualité d’un tel mode de vie, du point de vue de l’air, de l’eau, de l’alimentation. J’imagine l’équilibre écologique qui doit nécessairement s’établir dans leur lieu de vie pour qu’il reste accueillant et durable. Je commence à me rendre compte qu’en fait cela est possible. La clé pour comprendre, c’est de se dire que tout est dans la nature. Cela m’apparaît finalement même comme une évidence : elle a été créée pour les êtres vivants, et il suffit de la respecter pour qu’elle continue à nous entretenir. Cette pensée me fait du bien.

Je suis conquis par les sages paroles du Père Jah. Il nous parle de ce qu’il appelle la Divinité qui est en nous. Il nous dit que les humains ont la capacité d’instaurer facilement des relations vertueuses entre eux. « Vous savez, ce qu’il y a de plus grand en nous, c’est l’âme. Nous sommes tous, au fond, une âme pure, une âme aux capacités divines, qui s’exprime dans un corps. Cette nature divine peut permettre à chacun de nous de s’ouvrir comme une fleur. Et si l’on réunit toutes les couleurs et senteurs des fleurs humaines, on peut réussir à former le bouquet qui révélera les multiples splendeurs de l’Homme ». J’écoute d’abord simplement ces paroles, mais je suis rapidement gagné par un sentiment de plénitude, une impression de vérité en somme. Mes expériences m’ont prouvé que j’avais en moi les solutions aux problèmes qui apparaissaient dans ma vie. Je sens toujours au fond de moi une petite voix, une conscience, qui me guide. Et si il y avait effectivement quelque chose de surnaturel, de magnifique, de divin là-dedans ?

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 Je suis à l’aise dans le monde de la famille Jah au milieu de ces potagers, ces parterres de fleurs et de plantes aromatiques. Le dimanche, nous participons au jardin. Planter les graines de pastèque, refaire les plants de papaye ou de tomates, arroser toute la pépinière, … Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas contribué de si près à faire grandir ma propre nourriture. Il est quand même motivant de se dire que de ce travail naîtront des produits naturels, que l’on pourra consommer sans crainte. Je mesure la noblesse d’une telle activité, et à quel point dans notre société on a perdu ce contact avec la terre. Je repense aux paroles de la Mère et du Père Jah, et me dis que les premiers humains devaient réussir à vivre grâce aux produits naturels. Quand on y regarde de plus près, on voit que la nature propose des richesses en abondance : nourriture, plantes médicinales, arbres pour respirer, eau filtrée par la terre ou certaines algues, etc. Me rappeler que tout le développement de l’homme a été possible grâce aux ressources présentes naturellement permet de me rapprocher de notre origine : la « Terre mère » comme disent les Jah. A midi, la nourriture végétalienne, concoctée par Audrey et Ichtjah le cuisinier, me réjouit. Les fruits et légumes naturels ont une saveur exceptionnelle.

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Finalement pour nous 4 le temps passe très vite chez les Jah. Au fil du week-end, les discours, les observations et les expériences nous apprennent beaucoup sur notre rapport à la nature. La philosophie des Jah rassure, apaise, quant à l’avenir du monde. Loin d’être perchés dans des considérations spirituelles abstraites, les Jah nous auront démontré par leur mode de vie au jour le jour certaines vérités trop souvent mises de côté. Au bout de 2 jours et demi, notre société dite « de consommation », qui nous semble marcher sur la tête, nous apparaît plus que jamais anti-naturelle. Logiquement elle ne peut qu’évoluer vers une meilleure considération de la relation homme – nature. L’Homme avec un grand H est au-dessus de ce système économique que certains « petits hommes » imposent. L’homme possède en lui les capacités pour créer le monde de demain, en se rappelant qu’il est issu de la nature et qu’il doit la chérir pour survivre.

Notre projet Dialogue sur Terre a sa place dans cette prise de conscience et ce besoin de construire un monde nouveau. Avec les considérations de la famille Jah, il prend pour moi cette nouvelle dimension. Nous allons nous servir de notre vécu pour donner envie à nos concitoyens de réfléchir à leurs choix de vie. Nous nous efforcerons de montrer l’exemple dans nos faits et gestes, en gardant une cohérence. Nous continuerons à aimer notre planète, sans en rougir. Nous continuerons tout cela, pour que le sourire de nos petits enfants soit le plus éclatant possible. Pour qu’ils soient réellement heureux de vivre dans ce monde, qui a été créé pour cela.

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2 réponses à “Voyage dans la nature”

  1. pierre chretien dit :

    préparez-vous à l’atterrissage mes amis, ça risque d’être chaotique…
    Des « petits hommes » qui imposeraient qqch aux autres… tu penses à qui ?
    bises à vous quatre
    pierre

  2. Sevy dit :

    Merci guillaume de nous faire partager un peu de la sagesse de 2 personnes dont, sans votre intermédiaire, je ne connaîtrais même pas l’existence. Le monde est fait pour être harmonieux, les hommes ont une âme pour aimer et être en harmonie avec la nature( j’en suis convaincue)… Dans notre société de consommation individualiste tu as raison on oublie trop souvent les choses essentielles…Revenir à une vie simple proche de la Terre et harmonieuse, voilà un projet ambitieux mais noble.

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