Déambulation à Cotonou

IMG_9673Cotonou – le 17 mai 2010 – Audrey

Alors que nous venons tout juste de déposer nos bagages à l’hôtel, Ludo et moi décidons de partir nous promener dans Cotonou. Direction : l’océan !

En suivant le fleuve, nous voyons au loin un petit quartier aux rues étroites et maisons sales. Bien que les habitations soient construites en « dur », en béton, l’ensemble de ces maisons agglutinées, de ces rues grouillant de monde, nous donne l’impression d’un bidonville. Des sentiments contradictoires m’envahissent : à la fois la peur de voir la misère, l’insalubrité et la curiosité de m’immerger dans un tel univers. Nous nous enfonçons dans ce dédale de ruelles.

Entre deux maisonnées, on aperçoit le fleuve qui se jette dans la mer formant quelques remous. Les vagues lèchent les maisons, emportant les détritus entassés sur la berge. Sur l’autre rive on peut voir la plage de sable, mais personne ne se baigne. Seuls quelques pêcheurs, l’eau jusqu’aux genoux, se risquent dans l’eau agitée.

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Dans la ruelle couverte de sable, une femme tient un petit stand de nourriture, un vieux dort allongé sur une natte, un enfant se savonne dans une bassine. Ici on vit dehors, car les maisons sont petites, trop chaudes et souvent noires de suie à cause de la cuisine préparée au feu de bois. Sur notre route, nous croisons des coiffeurs entassés dans de petits locaux, des tailleurs directement posés avec leur machine à coudre sur le sol, des chèvres naines qui bondissent pour nous couper la route, des petits bar-restaurants aux chaises et tables en bois colorés, des moulins à grains à moteur dont les fumées noires et les bruits assourdissants envahissent la rue. Dans ce quartier, les activités se mêlent aux habitations, de sorte qu’il est possible d’y vivre sans jamais en sortir. Cet univers qui contraste fortement avec le reste de Cotonou, semble coupé du monde.

Les regards se posent immanquablement sur nous. Des regards souvent sombres et interrogateurs qui semblent dire : « D’où venez-vous ? Que faites-vous ici ? ». Nos sourires et nos salutations ont alors un effet immédiat sur nos interlocuteurs. Les regards s’adoucissent, les sourires s’esquissent et les réponses fusent : « Ca va bien ! Bonne arrivée !  » Au fur et à mesure que nous avançons et lançons à qui veut l’entendre ces bonjours du coeur, c’est comme un tapis rouge de sourires et de rires qui se dresse pour nous : nous le foulons avec enthousiasme. Dans le ciel, les couleurs rougeoyantes du soleil couchant se mêlent aux nuages noirs et à la brume de l’océan, donnant à la scène une atmosphère très particulière.

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Mais la beauté du moment ne semble pas toucher la population désoeuvrée du quartier. De nombreuses personnes restent assises, seules, discutent entre amis ou bien jouent aux cartes. Des jeunes hommes en pleine force de l’âge, sans travail, cherchent une activité ou au moins un endroit pour attendre que le temps passe. Ainsi, des blancs dans le quartier, c’est un événement ! Deux jeunes inconnus nous accostent : « Tu te souviens de moi ? Ca fait longtemps qu’on ne s’est pas vus ! ». Nous rentrons dans leur jeu quelques instants avant de partir en riant.

Nous nous rendons au bout du quartier. Une digue composée de grosses pierres sur lesquelles les vagues viennent s’écraser avec éclat, sert de trait d’union entre la terre et l’infini de l’océan. Pour les habitants du quartier, nous sommes dans les latrines. Les vagues, toujours très agitées, mouillent un peu les courageux venus uriner et permet à peine de masquer l’odeur du lieu. Pour nous c’est l’occasion de voir la plage couverte d’habitations rudimentaires en bois, en tôle et en matériaux de récupération. Les paillotes en bord de mer sont souvent emportées par les grandes marées, et immédiatement reconstruites.

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Nous poursuivons notre balade. Au dessus de nos têtes, nous observons une toile d’araignée géante faite de fils électriques. « Quand une famille a un compteur, c’est 20 autres familles qui se branchent dessus. C’est comme ça l’Afrique ! » nous explique un habitant. A notre passage, quelques enfants sortent d’une maison en chantant et dansant. En tendant un peu l’oreille, nous comprenons les paroles qu’ils répètent à tue-tête : « Yovo, Yovo (blanc), bonsoir, ça va bien, merci ! ».

Nous débouchons sur un mur de béton. Une clameur monte depuis l’autre coté. Nous cherchons à pénétrer. L’espace clos n’est autre qu’un terrain de foot sur lequel deux équipes sont en train de s’affronter. La proximité des maisons dans le quartier contraste fortement avec ce grand espace vide. Enfin, je dis vide, mais en réalité il est envahi de monde : les gradins sont bondés et une foule de supporters est condamnée à rester debout près de l’entrée et dans tous les recoins. Nous avons un peu du mal à suivre le match : le spectacle est autant sur le terrain que dans les gradins. A chaque action, des enfants sautent sur l’espace de jeu en poussant des cris, levant les bras en l’air, faisant même des galipettes dans le sable. Les autres spectateurs s’agitent également depuis leur place, lançant insultes ou encouragements, créant un brouhaha infernal.

Nous nous éclipsons discrètement, enfin… aussi discrètement que peuvent le faire deux blancs dans une foule noire, pour regagner notre auberge. L’esprit un peu rêveur, nous nous disons que cette petite balade vaut bien l’ambiance de certaines rues de Varanasi, Pékin ou Hanoi : la pauvreté, certes, mais également un bouillonnement d’activités, de couleurs, de senteurs, de sons… et de vie.

Une réponse à “Déambulation à Cotonou”

  1. Verna dit :

    Bonjour,

    Voilà un récit qui réjouit les cœurs…

    Si vous désirez lire quelques récits se rattachant au Bénin, et souvent, Cotonou, je vous suggère d’aller visiter mon site : http://yovoyovo.free.fr

    Cordialement,

    C.Verna

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