Les piles de Nounou

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Nounou (Pays Dogon, Mali) – avril 2010 – Guillaume

Notre projet a principalement vocation à aller trouver des idées intéressantes dans les modes de vie traditionnels en Asie et Afrique, pour les faire partager en France à notre retour. En Afrique, il m’est apparu évident que nous pouvions également apporter beaucoup aux habitants qui ont des besoins, pour concrétiser notre volonté d’échanger, au-delà du seul partage de culture et de moments passés ensemble.

A Nounou, village isolé au Mali, j’ai pensé que nous pouvions aider les habitants en matière d’écologie et plus particulièrement pour la gestion d’un de leurs déchets : les piles des lampes torches. Celles-ci sont en effet (à l’image de la grande majorité des déchets domestiques en Afrique de l’Ouest) laissées à l’abandon après utilisation où elles servent de jouets aux enfants, se dégradent sur place et polluent à petit feu les sols et les eaux. Or cela est dangereux à long terme pour la population, compte tenu des métaux lourds qui ne se décomposent pas et peuvent être nocifs si ingérés au-delà de certaines doses.

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Au début, mes 3 camarades émettent des réserves: « notre projet n’a pas vocation première à aider les gens sur place », « nous n’avons pas le temps », « ça ne marchera pas si l’initiative ne vient pas d’eux ». Guidé par leurs conseils, notre expérience et mon petit doigt, je décide de laisser les choses se faire naturellement, sans imposer quoi que ce soit. Depuis mon séjour en Inde, je suis convaincu que ce qui doit se faire se fera. Patience. Il se trouve que différents éléments sont là pour m’aider, et pour me montrer que mon intuition va se confirmer.

D’abord, Ibrahima, notre guide et traducteur, organise une réunion avec le groupe des sages du village, pour parler de choses et d’autres. L’échange est calme, serein, et très intéressant. Nous apprenons entre autres les origines du village, vieux de 900 ans, et le rôle de chacun en son sein. Et puis sur la fin, alors que je me suis retiré, fatigué par une angine assez virulente, mes amis demandent à l’assemblée s’ils ont des questions à nous poser. Ceux-ci nous demandent des conseils pour leur vie, et notamment sur le point de vue écologique. C’est ainsi que le sujet des piles est légitimement abordé. Les anciens écoutent notre analyse, et il est dit que nous ferons une réunion avec le groupe des jeunes du village pour décider d’un plan d’actions. La demande vient d’eux, il semble donc que l’on va pouvoir faire quelque chose.

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Dans les 2 jours qui suivent, il ne se passe pas grand-chose en apparence. Je glisse à 2 reprises à l’oreille d’Ibrahima qu’il conviendrait d’organiser cette réunion, avant que nous ne partions. Mais je ne brusque rien, je suis confiant.

Et puis un matin, vers 11h, alors que nous sommes abasourdis par la chaleur sous un abris de paille, nous voyons progressivement arriver une vingtaine de « jeunes » – groupe constitué par les 14 – 50 ans en capacité de travailler, principalement des hommes. Et tout à coup, Ibrahima déclare que l’on est prêt pour la réunion ! Ni une ni deux, nous voilà donc tous les 4 en train de faire un exposé sur la dangerosité des piles, leur présence en nombre ici, le fait que les stocker dans un endroit étanche serait préférable, etc. J’avais ramassé en douce quelques fragments de piles pour illustrer notre propos. Les habitants écoutent et acquiescent. Ils ont l’air très vite concernés par le sujet, et volontaires pour faire ce qui est dans leur possible. Au bout d’une heure d’échanges toujours calmes et sereins, ils trouvent l’idée de faire une petite cahute en pierre de quelques mètres carrés, étanche, avec un trou pour y insérer les piles et batteries, dimensionnée pour recueillir plusieurs années des piles, consommées au rythme de 3 centaines par mois à l’échelle du village. Cela nous paraît convenable et réaliste : l’abris permettra de mettre le danger en quarantaine, en attendant que des solutions de traitement n’apparaissent au Mali. Au pire, à défaut, il vaut mieux cela que de les laisser dans la nature. Il est convenu que cet abris sera fait d’ici un mois. Inch’ Allah.

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Mais dans l’immédiat, nous pouvons organiser la collecte des piles qui traînent ici. Village de 800 habitants qui se connaissent tous très bien + période creuse où l’on attend la saison des pluies pour commencer les plantations + pas mal de gens disponibles = tout le village au courant dès le lendemain matin, et une vingtaine de personnes au garde à vous pour la collecte. Ici l’argent manque, mais pas les bras ni les bonnes volontés ! Nous voilà donc partis avec les jeunes à la recherche des piles perdues, armés de chiffons et de sacs plastiques. Très vite, des enfants nous rejoignent. Nous leur expliquons par des gestes qu’il faut bien se protéger les mains avec les chiffons, et se les laver après la cueillette. Nous passons 2 bonnes heures à ratisser le village, entre 8h30 et 10h30, avant que le soleil ne soit trop vif, avec nos petits et grands travailleurs motivés, dans une ambiance très sympathique.

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Résultat : quelques kilos de piles collectées, des enfants et des habitants au courant du risque, et, nous l’espérons, bientôt un lieu de collecte. Il n’aura fallu que quelques jours pour faire passer le message, sensibiliser et motiver tout le village, nous servant de notre notoriété éphémère mais importante (des blancs à Nounou, c’est pas tous les jours !), et de la motivation des locaux. Nous sommes contents de cette nouvelle expérience, et souhaitons que l’initiative, qui tombait pile, fasse des petits…

Guillaume.

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3 réponses à “Les piles de Nounou”

  1. Narber dit :

    Moult interessant ! Vous avez réussi à faire en 3 jours ce que je ne suis pas arrivé à amorcer en 6 ans, chapeau. Je confirme pour le danger représenté par ces piles, surtout jetées dans les champs ou à coté des maisons, c.à.d. là où on cultive..!! Le lieu de collecte, pour la pérennité de l’action, est l’aspect le plus difficile à assurer. Mais je vais exploiter l’idée différemment, mon approche n’était pas performante, puisqu’elle n’a pas donné de résultats jusqu’à présent. Après le Brain Storming et le Think Tank, voici le Mind Web !
    Un abbraccio.
    Narber

  2. Benj dit :

    Elo, je lis votre article suite à notre discussion de mercredi sur le projet de Salihou concernant le recyclage des piles à Kabadio.
    Votre article est très intéressant et je crois que nous avons beaucoup à en tirer.
    Je suis cependant inquiet/questionné sur une telle solution provisoire de stockage (surtout à Kabadio : inondation, nappe phréatique large et peu profonde) car avec le temps on a tendance à oublier ces déchets et le sol n’est pas si loin. Aussi à Kabadio il y a 3000 habitants …
    Je pense à un projet de retour-écologique après le séjour participatif où chacun doit rentrer en France avec des savons, il pourrait rentrer aussi avec xx kg de piles ???

    Merci à vous, autre article :

    http://www.dialoguesurterre.fr/blog/?p=1347

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